On m’avait dit que la Chartreuse, c’était beau. On ne m’avait pas prévenu qu’on y marche autant. Trois jours, 47 kilomètres au compteur, et des mollets qui s’en souviennent encore. Pour préparer ce genre de virée, je pioche souvent mes idées sur https://lebeauchalet.fr/, un magazine de voyage qui décortique les itinéraires région par région sans tomber dans le catalogue touristique. C’est là que j’ai trouvé la trame de ce séjour, que j’ai ensuite adaptée à mon rythme et à mon budget.
Rien de compliqué à organiser, en réalité. Un train jusqu’à Grenoble, une voiture de location pour quarante euros la journée, et le massif commence à quinze minutes du centre-ville.
Le monastère, d’abord
La Grande Chartreuse ne se visite pas. Voilà, c’est dit. Les moines vivent là depuis 1084 et n’ont aucune intention d’ouvrir leurs portes aux curieux. On peut en revanche s’approcher du mur d’enceinte, à Saint-Pierre-de-Chartreuse, et visiter le musée installé dans l’ancienne correrie. Comptez sept euros l’entrée. J’y ai passé deux heures, ce qui était probablement une de trop, mais la salle consacrée à la liqueur vaut le détour : les secrets de fabrication, les alambics, l’histoire d’un breuvage vendu dans le monde entier depuis 1840.
Ce qui frappe, ce n’est pas le silence — on l’imagine avant d’arriver — mais la façon dont le paysage absorbe le bruit. Un sentier forestier, quelques lacets, et soudain plus rien. Pas un moteur, pas une voix. Ma montre a affiché 32 décibels à un moment. Je n’avais jamais vu ça en randonnée.
Les sentiers qui valent le déplacement
Tous ne se valent pas. Le circuit du Charmant Som, par exemple, est très fréquenté le week-end et la route d’accès est payante en été. Préférez-lui le sentier des Trois-Villes, moins connu, qui relie Saint-Pierre à Saint-Laurent-du-Pont en passant par des hameaux où l’on croise plus de vaches que de marcheurs.
Trois randonnées m’ont marqué :
- Le cirque de Saint-Même, accessible en famille, avec une cascade qui se jette dans le Guiers vif.
- Le col de la Ruchère, plus exigeant, 900 mètres de dénivelé sur une matinée.
- Le tour du lac de Paladru, plat, facile, parfait pour une journée de récupération.
J’ai un avis tranché sur la question des bâtons de marche : inutiles sur les deux premières, indispensables sur la Ruchère. Mon compagnon de route s’est moqué de moi jusqu’au troisième kilomètre de descente. Après, il a arrêté de rire.
Où dormir sans se ruiner
Les gîtes d’étape du massif pratiquent des tarifs raisonnables hors saison — entre 18 et 25 euros la nuit en dortoir, petit-déjeuner compris. J’ai testé celui de La Ruchère, tenu par un couple qui cuisine des plats savoyards généreux le soir. Une fondue à 16 euros, servie à 19 heures précises, parce que le patron ne plaisante pas avec les horaires.
L’été, mieux vaut réserver deux mois à l’avance. J’ai vu des randonneurs se présenter à l’improviste un samedi de juillet et repartir sous la pluie, sans lit.
Ce qu’on mange, ce qu’on boit
Le fromage local, le saint-marcellin, se mange frais, coulant, sur du pain de campagne. Rien à voir avec les versions industrielles qu’on trouve en supermarché. À Saint-Pierre, la fromagerie du village en propose trois affinages différents. J’ai pris le plus vieux, évidemment.
Pour la liqueur, une visite s’impose, mais attention : la plupart des boutiques du secteur vendent la même bouteille à des prix qui varient du simple au double. Comparez avant d’acheter.
Le retour
Trois jours suffisent pour comprendre pourquoi ce massif reste, malgré sa proximité avec Grenoble, relativement épargné par le tourisme de masse. Les infrastructures sont limitées, les hébergements souvent modestes, et c’est précisément ce qui fait son charme. Si vous cherchez des spas et des restaurants étoilés, passez votre chemin.
Si vous cherchez des sentiers, du silence et un plateau de fromage à midi, vous êtes au bon endroit.
