Trois semaines, 2 840 kilomètres au compteur et une seule certitude : le camping municipal de Bar-sur-Seine, onze euros la nuit, valait mieux que bien des hôtels trois étoiles. Je suis parti sans réservation, avec une tente que j’avais achetée d’occasion dix ans plus tôt.
Préparer un tel périple demande un peu de méthode. Je compile mes étapes sur un carnet, je note les aires de repos, les lavoirs, les boulangeries ouvertes le lundi. Pour les hébergements, je consulte souvent cet article complet qui recense des séjours, des étapes et des adresses de camping en France : c’est devenu ma base de départ avant chaque départ, parce que les infos y sont vérifiées et qu’on y parle aussi bien d’un gîte en Aubrac que d’un emplacement en Vendée.
Le reste, franchement, tient de la débrouille.
Le mythe de l’itinéraire parfait
On trouve partout des listes de « dix étapes absolument magiques ». J’ai suivi ce genre de programme une fois. Résultat : des files d’attente, des parkings payants et l’impression de visiter un décor. Cette année, j’ai fait l’inverse. J’ai choisi trois axes et j’ai accepté de me perdre.
La Bourgogne m’a offert un dimanche entier dans un village dont je ne citerai pas le nom, par peur de le voir envahi. Cinquante-deux habitants. Un clocher qui sonne faux. Une auberge où la patronne m’a servi un jambon persillé memorable en me racontant que son grand-père avait travaillé sur les péniches.
C’est ça, le vrai carburant d’un road trip : les conversations imprévues.
Camping contre hôtel, un faux débat
Je dors en tente par choix économique, pas par militantisme. Une nuit en dur tous les quatre jours, ça change tout : lessive, vraie douche, lit qui ne se dégonfle pas. Sur mon trajet, cette alternance m’a coûté 640 euros au total, nourriture comprise. Le même parcours en hôtel m’aurait pris le double, au bas mot.
Les campings français traversent une période étrange. Beaucoup ferment leurs emplacements nus pour installer des mobil-homes, plus rentables. Je le comprends sans l’approuver. Résultat : en juillet, trouver une parcelle pour une tente de deux places relève parfois de la chasse au trésor. Réservez hors saison si vous pouvez. Septembre, sur les routes du Lot, c’est un autre monde.
Les détours qui valent le carburant
Une départementale vaut souvent mieux qu’une autoroute. Ce n’est pas une formule, c’est une observation de terrain. J’ai roulé des heures sur des nationales monotones pour gagner deux heures, et j’ai regretté chaque kilomètre avalé à 130.
- Le col de la Croix de Berthel, dans les Cévennes, avec sa vue qui tombe d’un coup après huit virages serrés
- Les gorges de l’Ardèche tôt le matin, quand la brume s’accroche encore aux parois
- La côte normande entre Veules-les-Roses et Sotteville, un chapelet de falaises sans un seul panneau publicitaire
- Et cette petite route du Tarn que je ne retrouverai probablement jamais, quelque part au nord de Cordes
Le carburant coûte cher, d’accord. Mais un détour de trente kilomètres représente trois euros. On les dépense sans y penser au restaurant.
Ce que je referai différemment
Moins de bagages. J’avais emporté deux polaires, j’en ai utilisé une. J’ai aussi perdu du temps à vouloir tout voir. La France se visite par petites bouchées, pas par grandes lampées.
Et puis il y a la question du téléphone. J’ai coupé les données mobiles pendant quatre jours d’affilée, dans la Creuse. Quatre jours sans carte, sans avis en ligne, sans itinéraire calculé. Je me suis trompé de route deux fois. J’ai découvert une ferme-auberge tenue par un couple de Belges, et j’y ai dîné deux soirs de suite.
Trois semaines plus tard, je ne me souviens plus des étapes que j’avais planifiées. Je me souviens du jambon persillé, du clocher faux et de la tente qui prenait l’eau à la troisième nuit.
