À vélo le long des canaux : sept jours entre Bourgogne et Nivernais

J’ai longtemps cru que le vélo de voyage rimait avec cols alpins et cuisses en feu. Puis un ami m’a traîné sur le canal du Nivernais, au printemps, avec des sacoches trop lourdes et un vélo qui grince. Sept jours plus tard, j’avais changé d’avis : le plat, quand il longe l’eau, peut être une aventure. On rentre fourbu, mais d’une fatigue douce, celle des jambes qui ont tourné sans hurler.

Pour préparer ce genre de périple, je furetais un peu partout avant de tomber sur Relais Cyclo Tourisme, un blog qui recense étapes, hébergements et visites le long des itinéraires français. Le principe est simple : on arrive le soir, on dort, on repart. Des adresses pensées pour ceux qui pédalent, avec un local à vélos et un petit-déjeuner servi tôt. Ça paraît anodin. En pratique, ça change tout quand il pleut et que les jambes refusent.

Le canal du Nivernais, donc. Deux cents kilomètres de halage environ, entre Auxerre et Decize, un terrain quasi plat, des écluses tous les trois ou quatre kilomètres et un fond de vallée verdoyant qu’on ne soupçonne pas depuis l’autoroute.

Ce que le halage fait aux jambes

Le revêtement varie. Tantôt du goudron lisse, tantôt de la terre compacte, parfois des cailloux qui secouent le guidon. Je roule en pneus de 35 mm, ça passe. Un couple croisé à Clamecy voyageait en fines roues de route et le regrettait un peu.

Le rythme compte plus que la distance. Quarante kilomètres par jour suffisent largement pour arriver avant l’heure du dîner, visiter un village et laisser le temps à une sieste au bord de l’eau. Certains foncent et bouclent le parcours en trois jours. Grand bien leur fasse.

La météo, elle, ne se négocie pas. J’ai pris deux averses mémorables, dont une à Chatel-Censoir, abrité sous un porche, à regarder l’eau monter sur le chemin. Le lendemain matin, le halage avait séché.

Les écluses, ce théâtre permanent

On finit par les attendre. Chaque écluse a son gardien, ses horaires et ses habitudes. À Sardy-lès-Épiry, un éclusier m’a raconté qu’il voyait passer près de six cents bateaux par saison, péniches de location et voiliers de rivière confondus. Chiffre à vérifier, mais l’ordre de grandeur donne une idée de l’animation.

Ces arrêts forcés sont une bénédiction. On boit, on discute, on photographie les péniches qui montent lentement. Une heure peut filer sans qu’on s’en aperçoive.

Le soir, les auberges et les chambres d’hôtes se remplissent de cyclistes. Le courant passe vite : on compare les étapes, on échange des adresses, on se plaint du vent de face. La solidarité des voyageurs à vélo est un phénomène réel, pas une légende de blog.

Pourquoi le train reste votre meilleur allié

La question revient à chaque fois. Comment rentrer avec le vélo ? La SNCF a ses règles, souvent mal comprises, mais les TER acceptent les bicyclettes gratuitement sur la plupart des lignes, hors heures de pointe. Il faut vérifier ligne par ligne avant de partir.

Une alternative : louer sur place et rendre au même endroit. Beaucoup d’agences le long du canal proposent ce service, avec transport de bagages d’une étape à l’autre pour ceux qui ne veulent pas porter. C’est plus cher. C’est aussi la garantie de dormir sans sac sur le porte-bagages.

Trois erreurs que je referai plus

  • Partir en août : les berges sont belles, les bateaux sont bondés, les terrasses pleines.
  • Emporter une tente par sécurité : elle a pris la poussière sept jours, et pesé sur chaque côte, si petite fût-elle.
  • Négliger les anti-moustiques. Le canal, le soir, c’est une réserve ornithologique doublée d’un élevage d’insectes.

À l’inverse, ce que je garderai : rouler tôt, avant que la lumière ne devienne blanche, quand la brume s’accroche encore à la surface et que les hérons décollent au passage du vélo. Ces matins-là, on ne parle plus, on pédale et on regarde.

Un dernier conseil, peut-être le plus utile : ne remplissez pas chaque journée. Un itinéraire cyclo, ça se vit à moitié sur le vélo et à moitié à côté. Une église romane, un marché, un verre de blanc chez un vigneron aux Riceys si vous débordez sur la Bourgogne. Voilà le vrai programme.